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Bonjour , bienvenue chez CAMELEON RECORDS, division de VINYL VIDI VICI RECORDS, le but étant de represser
des vinyles déjà édités mais introuvables ou trop onéreux. Punk, hard, garage, new-wave, folk, soul, seule l'écoute prédomine
dans le choix. 10 et 11ème sortie

Hello, welcome to Cameleon Records, a division of VinylVidiVici Rds, whose goal is to reissue previously published LPs , but not found or too expensive. Punk, hard, garage, new wave, soul, folk .... just listen dominant in the choice.

LES SENDERS

              

SOLD OUT / ÉPUISÉ

What'd I say     Be bop a lula      Confidences     Joan      Cheveux longs      Well listen      Six guns      Good star

SENDERS est un groupe français originaire de Vernon en Normandie .

Parmi tous les groupes de rock qui ont eu une certaine notoriété régionale sans pour autant être connu du grand public, Les Senders y occupent une place désormais reconnue pour la région Haute Normandie. Par bonheur, ce groupe a eu la très bonne idée d'enregistrer deux disques de quatre morceaux, dont six composés par Gérard Fournet, le fondateur du groupe, ce qui nous laisse de précieuses traces de leur contribution à un rock and roll made in Normandie. Bien des années plus tard et contre toute attente, nous nous retrouvons avec deux 45 tours devenus introuvables donc très prisés des collectionneurs et autres amateurs de rock français de l'époque. La pochette du premier est d'un rouge vif avec uniquement du texte pour lui donner un côté "flash". La deuxième pochette est classique mais avec une très belle photo posée des quatre Senders, sérieux et en tenue de scène. Voici l'histoire écrite de nouveau en 2014 par Gérard Fournet et l'aide des anciens membres du groupe.

1958-1961 le choc de la guitare électrique. Nous sommes à Vernon, dans l'Eure, petite ville en bord de Seine, frontière nord-est de la Haute Normandie. Au nord, c'est le Vexin, à l'est les Yvelines. En 1958, le jeune Gérard Fournet, agé de 14 ans, vient de faire la connaissance de quelques G-I américains, tous originaires d'Hawaii et qui fréquentent la piscine municipale parce que, disent-t-ils, ici il y a beaucoup moins d'américains qu'à Evreux. Gérard est séduit par leur décontraction, leur manière d'être, leur envie de faire plaisir aux gens, de les prendre en photo polaroid et leur donner. Cette petite ville plait tellement aux hawaiiens qu'ils y louent une maison pour y passer les week-end et notre futur rocker y est invité régulièrement et tant et si bien que l'un d'entre eux va devenir son beau frère. Un an passe. Pendant toutes ces soirées, notre jeune adolescent, violoniste de son état, ne l'oublions pas, découvre la musique hawaiienne, le jazz mais aussi et surtout le rock and roll. C'est un véritable festival en compagnie de Louis Prima, Gene Vincent, Carl Perkins, les Everly Brothers et,surtout, Elvis Presley.En début 1960, lors d'une soirée, les hawaiiens ont fait venir un copain G-I qui joue de la guitare électrique. Pour Gérard, c'est la révélation. Il prend conscience des immenses possibilités de cet instrument puissant, aux sonorités métalliques qui donnent le bon frisson. Sans en parler à qui que ce soit, il décide de se mettre à la guitare et de faire un groupe. Facile à dire mais beaucoup plus compliqué à faire, compte tenu de l'époque. Vernon ne connaît pas encore la guitare électrique, mais... ça vient. La toute première sera une Lucky 7 et son ampli, un gros poste de radio avec une entrée ligne, récupéré à la casse. Très vite, les accordéonistes sont très intéressés par ce jeune guitariste qui peut les accompagner en faisant des basses beaucoup plus puissantes que l'accordéon, qui chante du rock'nd roll et qui sait lire une partition avec des accords chiffrés. Pendant l'année 61, Gérard se partage entre les deux, parfois trois, orchestres musettes et son futur groupe qui commence à prendre forme. Pendant ce temps, pour lui, le plus urgent est de beaucoup travailler pour maîtriser le plus possible ce nouvel instrument polyphonique car n'oublions pas que le violon ne peut produire que deux notes simultanément, pas plus. Donc, les choses progressent. Du côté orchestre musette, tout va bien. Du côté futur groupe de rock, le recrutement se termine. Le groupe se compose de cinq éléments à savoir trois guitares, une batterie et un chanteur.
1961- La naissance du groupe Les Senders. Maintenant que le groupe est formé, il lui faut un nom, quelque chose de simple et qui sonne bien. Un soir, Gérard est dans sa chambre, sur son lit en train de lire et d'écouter de la musique. Ce soir là ce n'est pas J S Bach qui est sur la plateau du tourne disque mais monsieur Elvis Presley lui même qui nous chante "return to sender". La chanson parle d'un pauvre gars qui a fait une grosse gaffe vis à vis de sa petite amie et qui lui envoie des lettres pour s'excuser. Seulement voilà, les lettres ne cessent d'être renvoyées à l'expéditeur, c'est à dire "Return to sender". Gérard sort de sa lecture, pense à des expéditeurs de musique, voire de musique rock, donc des "senders". Ca y est, il a le nom de son groupe, ce sera "The Senders". Oui mais... très vite les vernonnais ne vont pas dirent "The Senders" mais" les thé sanders" Aussitôt Gérard réagit et change le "The" en "Les". Ouf, tout rentre dans l'ordre, Les Senders sont nés.
Voici "par ordre d'apparition à l'orchestre" les membres du groupe. Tout d'abord Gérard qui sera la guitare accompagnement pour pouvoir superviser l'orchestre. Puis le chanteur, Jean louis Sannier et sa belle voix qui rappelle un peu celle d'Elvis (mais si). Viennent ensuite le batteur, Henri Weber et la guitare basse, Jean Christian Hélie. La guitare solo, Roland Dann, est le cinquième. Les répétitions se déroulent dans le garage, chez Gérard qui, bientôt endosse aussi le rôle de manager pour trouver les premiers concerts, gratuits évidemment, pour se faire connaître. Le matériel de base est plutôt limité : guitare Elite, guitares acoustiques trafiquées et toutes branchées sur le même ampli Bouyer avec baffles Audax. Ils font des reprises de standards des pionniers du rock comme "Blue star" des Shadows. A cette époque, il n'est pas rare d'avoir dans les cinémas, pendant l'entracte, des attractions. Le premier sera celui de Pacy-sur-Eure. Ainsi les Senders se produisent dans les deux cinémas de Vernon et quelques autres aux alentours. Suivront des lieux tel que les bars, salles des fêtes, dancings, mariages et piscines grâce à Jean-Louis Sannier qui est champion régional de natation. Petit à petit, une notoriété s'installe notamment grâce au directeur du journal Démocrate Vernonnais, M. Montourcy, qui soutient ce jeune groupe sans la moindre faille. Pour Les Senders, le problème le plus urgent reste le matériel. La solution va venir de deux hommes de bonne volonté. D'abord le directeur d'un hotel important de Vernon engage Les Senders pour les deux réveillons de fin d'année. Enfin un bon contrat. Avec la somme convenue, le groupe va pouvoir acheter des amplis. Et c'est là qu'intervient le deuxième homme qui va leur faire confiance et commander les amplis 20 watt avec baffles, sous la promesse d'être payé après les fêtes . Ce qui est fait.
Nous entrons dans l'année 62, oui c'est " cette année là". Pour la sono, à l'époque tous les établissements possèdent une sonorisation de base. Quant aux guitares, chacun s'engage à acheter son instrument. Gérard décide de s'offrir un super bricolage pour donner l'apparence qu'il a une Stratocaster Fender. Par un copain qui travaille à Paris, il récupère le plan d'encombrement du caisson. Il lui reste à le fabriquer et adapter le manche et les micros d'une autre guitare. L'inconvénient, se souviennent Gérard et Roland, c'était le poids de celle-ci ! Le résultat est bluffant. L'année 62 se déroule tant bien que mal avec un problème majeur : nos jeunes rockers n'ont pas encore le fameux permis de conduire. Ils sont donc à la merci des adultes pour pouvoir se déplacer. Fort heureusement, le père du chanteur et celui du guitariste soliste sont des "papas" très compréhensifs qui se dévouent pour transporter matériel et musiciens à travers la Normandie. C'est ainsi que Les Senders font des concerts un peu partout dans l'Eure et jusqu'à Livarot.

Photos prises sur le golf miniature du Circus-Bar de Vernon en avril 1964 (merci à José Alcala)

      


1963- ça bouge. Ouf ! Progressivement tous les membres du groupe passent leur permis et l'obtiennent du premier coup (mais oui). En juin, la mairie de Vernon organise une fête de la jeunesse et Les Senders en font pleinement partie. Le maître nageur de la piscine les engage pour être sur leur char pendant la journée et sur scène à la piscine le soir. Le lendemain, c'est le comité des fêtes qui les a réservés pour la soirée sur la place Charles De Gaulle. Nos rockers garderont un très bon souvenir de cette manifestation. Quelques semaines plus tard, s'installe à Vernon le cirque Amar avec en attraction le groupe instrumental Les Rebelles (certains futurs Problèmes et ensuite Charlots). Pendant l'installation du matériel, les monteurs oublient de brancher les amplis Dual Showman Fender avec le transformateur 220-110 Volts (les matériels américains et anglais sont toujours en 110). Résultat, quand les rebelles font leur répétition vers 17h, sur les trois amplis, deux claquent. Panique à bord. Y a t-il un groupe dans le coin? Bien sûr, il y a Les Senders. Gérard voit débarquer en catastrophe quelqu'un qui lui demande de dépanner Les Rebelles pour ce soir. C'est ainsi que dans la soirée Les Rebelles et Les Senders se sont retrouvés pour boire un verre. Quelques temps plus tard, un hollandais, de passage et parlant un français parfait, leur propose de faire une petite tournée en hollande. Un contrat est signé et le groupe se prépare au voyage. Destination Walwijk, à côté de La Haye et son dancing local. A ce sujet, Roland Dann nous raconte une anecdote qui l'a particulièrement marqué : "-la veille du départ, je passe chez Gérard pour régler quelques détails et ce que je vois est tout simplement incroyable. Le moteur de la voiture qui va nous transporter est parterre. Gérard me dit d'un air très tranquille qu'il fait simplement une grosse révision, qu'il n'y a pas de problème, tout sera prêt pour demain matin. En effet, le lendemain, l'auto est chargée, prête à partir.

 


Le voyage se fait sans trop de complications. Les passages frontières (et oui, ce n'était pas l'Europe) sont parfois délicats vu que le plus gros du matériel est sur le toit. En fin de compte, le groupe arrive à bon port. Seul petit problème, ils sont partis à quatre, sans le bassiste qui n'a pas eu l'autorisation de sortie du territoire.  Arrivés au Casino, le boss leur explique en détail ce qu'il attend d'eux : le groupe passera tous les soirs en vedette étrangère, ils joueront trois set de vingt minutes chacun par soirée, sans compter les rappels qui furent assez nombreux. Mais le patron n'est pas pleinement satisfait car les Senders ne chantent pas assez en français. C'est d'autant plus regrettable que le public hollandais est très friand des chansons interprétées dans notre langue. De plus, le manque de basse dans le groupe leur fait cruellement défaut. Le contrat est donc rompu après seulement un week-end. Loin de se décourager, les Senders restent sur place, et durant quinze jours prospectent partout. Après quelques péripéties, les quatre rockers reçoivent la visite d'un certain Mr. Fish qui les prend en main et leur trouve quelques concerts. Le succès est au rendez-vous . Mais une fois encore le manque de bassiste fait défaut. Les Senders rentrent en France.     

 

Roland Dann, Gérard Fournet, Jean-Louis Sannier, Gérard Soulier et Henry Weber en 1964

 

1964 les Senders retrouvent leur bassiste, qui entre-temps s'est fiancé et n'est plus très disponible. Arrive ainsi Gérard Soulier, surnommé "la touffe" en raison de ses longs cheveux, pour l'époque (début 1964) , qui amène avec lui sa basse Hofner et une guitare de la même marque ainsi qu'un ampli Garen d'une puissance de trente watts ! Autant dire qu'il est le comparse idéal. Gérard passe donc de sa quitare fabrication maison à l'Hofner et entre deux répétitions commence à préparer les prochaines tournées. Les SENDERS multiplient alors les concerts et remplissent systématiquement les salles où ils se produisent. En quelques mois, ils ont tellement tourné (jouant parfois toute une nuit pour toucher plus) qu'ils peuvent régler intégralement leur dette pour l'achat du matériel. Vers la rentrée, Gérard est démarché par un commercial d'une jeune maison de disque qui lui propose d'enregistrer un 45t quatre titres pour une production de 300 disques sous le label "disque microssillon français" ou DMF. Un contrat est signé et la maison DMF propose à Gérard deux possibilités qui le laisse un peu sidéré : s'il le veut, il peut enregistrer les quatre morceaux avec des musiciens de studio ou avec son groupe. La réponse est sans appel, ce sera avec le groupe sinon ce n'est plus Les Senders. La séance est prévue au studio Sofreson à Paris près de Pigalle. Petite anecdote racontée par Gérard : "pour ce premier disque les répétitions se sont bien passées, tout le monde est prêt, la séance d'enregistrement doit bien se passer. Puis, surprise, notre bassiste décide de quitter le groupe. Je dois, en catastrophe, recruter un nouveau musicien et qui a du matériel puisque nous sommes à quinze jours de la date fixée pour notre prestation au studio Sofreson à Paris. Chance, je rencontre Gérard Soulier qui veut bien entrer dans le groupe. Donc, les répétitions entre Gérard, notre nouveau bassiste, et moi reprennent de plus belle. Deux semaines plus tard, tout est de nouveau prêt et nous nous rendons à Paris pour, selon la formule consacrée, entrer en studio". La prise des instruments est faite en une fois. Puis c'est l'ajout de la voix. Inutile de dire que nos jeunes rockers n'ont pas du tout l'habitude de jouer comme ça et leur effort est intense, notamment pour donner un peu d'ambiance à tout ça. La séance est pliée en deux heures max, remixage deux pistes compris. Au menu de ce premier disque, on trouve sur la face A deux rocks chantés en anglais , "What'd I say" de Ray Charles et "Be bop a lula" popularisé par Gene Vincent . La face b comporte deux compositions originales de Gérard Fournet, beaucoup plus calmes. D.M.F. se chargea de presser les vinyles et la fabrication de la pochette. En conformité avec le contrat signé, le groupe s'engageait à acheter un minimum de  300 copies. Ce minimum fut aussi le maximum car les prix demandés par D.M.F. ne laissaient qu'une marge de bénéfice trop faible. Les concerts se succèdent, parfois aussi, des soirées dansantes et le groupe en profite pour vendre son disque. A cette époque, les fans qui achètent ce 45 t sont loin d'imaginer que 50 ans plus tard ce disque prendra plus de dix fois sa valeur.

TEST PRESSING 1er EP (merci à Roland Dann)

Le groupe se remanie. Quelques temps après l'édition du disque, le groupe va perdre un élément important, son guitariste solliste. En effet, Roland Dann, après avoir passé son bac avec brio, doit continuer ses études pour devenir vétérinaire. Gérard Fournet, notre leader, auteur-compositeur et manager du groupe, doit se remettre au travail pour recruter un nouveau guitariste afin de remplacer Roland et que l'orchestre puisse continuer. On lui indique qu'à Mantes-la-jolie, il y a un jeune guitariste qui serait très intéressé. Gérard prend contact avec Albert Martinez qui accepte de rentrer dans l'orchestre. Les répétitions reprennent à nouveau et les concerts aussi. Un autre problème se pointe à l'horizon : jean-louis, le chanteur, vient de recevoir sa feuille d'invitation à passer des vacances nourri et logé sous les drapeaux. Certes, tout le monde plaisante, mais le coup est rude. Pour notre leader, là c'est trop ! Il décide de chanter à la place de Jean-Louis en attendant son retour. Les Senders sont maintenant quatre. Gérard en profite pour encourager Henri, le batteur et "La touffe", le bassiste de faire les choeurs le plus possible pour meubler le côté vocal du groupe . Henri ira même jusqu'à chanter "les élucubrations" d'Antoine tout en jouant de la batterie mais aussi de l'harmonica ! Oh yeah!! Les SENDERS apprécient beaucoup les THEM dont ils reprennent "Gloria" sur scène, ainsi que d'autres standards des groupes en vogue comme les ROLLING STONES, ANIMALS, YARDBIRDS....Gérard compose également de nombreux morceaux dans un style similaire. Il s'agit presque d'une renaissance, aussi faut-il beaucoup travailler pour roder le nouveau répertoire. Avec la rage de jouer qui les animent, cela se fait rapidement et les concerts reprennent. Entre-temps, tous les exemplaires du disque se sont vendus comme des petits pains lors des concerts ou dans l'entourage des groupes. Pour Gérard, ce n'est là qu'un début, et l'envie de sortir un second disque germe dans sa tête. Aussi les recettes du premier EP et des concerts toujours plus nombreux sont-elles scrupuleusement mises de côté pour le financer. Leurs cheveux ont bien poussés depuis le début du groupe et les SENDERS font figures de martiens dans les rues d'une ville provinciale comme Vernon. Cela inspire Gérard pour le titre "Cheveux longs". Ce morceau "engagé" est d'ailleurs l'un des seuls chantés en français dans le répertoire original du groupe. Ceci s'explique du fait que Gérard n'apprécie que modérément les produits rock français typiques, exception faite de RONNIE BIRD pour son talent et sa voix.

 

A la rentrée 64, Gérard démarche le propriétaire d'un restaurant-dancing à Gisors. Le lieu s'appelle "Le Donjon" et possède une grande et belle salle de danse, libre de toute activité. Rapidement, tout le monde convient qu'il n'y a rigoureusement aucune animation pendant les week-ends à Gisors. Il faut donc faire quelque chose. On décide de commencer par animer les dimanches après-midis, pour voir. Le succès est immédiat. Et il est tel qu'on décide très vite d'y ajouter les samedis soirs. Et c'est le retour du commercial de DMF qui propose à Gérard d'enregistrer un deuxième disque.( Chance... parmi les chansons qu'il a composées, il y a largement de quoi remplir un quatre titres. Ce sera : "les cheveux longs" "Well listen" "Six guns" et "Good Star) Le groupe ayant l'argent nécessaire, il signe et retourne au studio Sofreson à Paris
Cette fois, la petite histoire est moins drôle... quoique...
Lors de la signature du contrat pour ce deuxième 45 t, il est convenu que la livraison des disques se fera un mois après l'enregistrement, tout comme pour le premier d'ailleurs. Pas de problème assure le commercial. Tout va bien puisque la sortie de ce deuxième EP coïncidera avec les samedis dimanches que nous animons "tambour battant" au Donjon à Gisors. Si j'ai bonne mémoire, nous avons enregistré le disque fin octobre 1965, pressé en mai 1966 et nous avons reçu quelques disques, soit avec cinq mois de retard. Les 4 titres sont enregistrés aussi rapidement que la première fois et toujours sans aucun mixage. Et pourtant, l'attente de ces nouveaux titres est bien réelle. A chaque semaine, on nous demande des nouvelles. Mais la maison de disques nous livre qu'une partie de la commande en septembre 1966. Certes, nous avons vendu les 100 disques livrés sans aucun problème mais du même coup, celui-ci est devenu rare (d'où sa valeur élevée pour le bonheur des collectionneurs de 2014).
Gérard se souvient aussi que D.M.F. sous-traita le pressage à l'usine Philips de Louviers, cela explique d'ailleurs pourquoi le son des 2 EP est supérieur à celui de nombreuses autres productions du label normand. La pochette est magnifique et nous montre une superbe photo du groupe sur fond violet du meilleur effet. La référence de ce EP indique qu'il a été pressé en mai 1966 mais finalement sorti qu'en septembre. Pas de slows cette fois, même si les morceaux "Les cheveux longs" et "Good stark" sont moins rapides que les deux autres. Suite à une erreur d'impression "good star" est devenu "Good stark". Déjà il y avait une faute sur "Bee bop a lula" du premier EP... "Good star" est en tout cas du meilleur cru. Il s'agit d'un blues-rock à la façon des THEM et des ANIMALS. "Six guns" toujours aussi garage qui nous raconte comment trois bandits finissent abattus par six revolvers. Pour finir, les SENDERS nous offrent un morceau phare du garage-beat français "Well listen" qui allie toutes les qualités nécessaires à ce genre : beat rapide, basse ronflante, effets de réverbération, guitares saturées sur les refrains et chant saccadé. Toutes les compositions sont signées Gérard Fournet, ce qui est rare pour l'époque en France.
Il est à remarquer que le timbre de voix de Gérard est plus métallique donc très différent de celui de Jean-Louis qui, lui, a plutôt une voix de "crooner" Le groupe s'oriente donc tout naturellement vers un style plus "Hard rock" venu d'Angleterre. Pour preuve, lorsque les Them sortent leur tube Gloria, Les Senders le reprennent note pour note et pendant des semaines les fans en redemandent encore et encore.
A  proximité du studio,  se trouve un endroit important à leurs yeux ; le "Bus Palladium" Il prend rendez-vous avec la patronne du lieu et, d'un commun accord, ils conviennent d'un passage, gratuit bien sûr, un vendredi soir. Le démocrate vernonnais se fait un plaisir de relater ce mini concert avec photo à l'appui.

Les Senders en 1965

 

 

Retour en 1965-Les drapeaux, de nouveau. En ce début d'année 65, pendant cette longue attente de la livraison de ce deuxième disque, l'armée fait de nouveau parler d'elle et invite Henri Weber, le batteur, à rejoindre une belle et grande caserne pour des congés très peu payés. L'information circule, Les Senders ont besoin d'un batteur de remplacement. Pendant le dimanche après-midi qui suit, le groupe, qui est sur scène, a la visite de Manuel Giner. Celui-ci se fait connaître comme batteur et  sollicite le poste de batteur remplaçant. Gérard lui propose de faire un essai tout de suite, devant le public qui est mis au courant de ce qui se prépare. Tout le monde s'arrête de danser et se groupe devant la scène pour bien suivre cet évènement inattendu. Manuel monte sur scène, Gérard propose un rock bien classique. Manifestement, Manuel est un bon batteur. Il est donc immédiatement embauché et Gérard lui indique qu'il remplacera Henri dans deux semaines.
La saison continue avec un nouveau batteur, un nouveau disque lequel a été installé dans le juke-box du bar à la mode de Gisors et qui tourne bien souvent.
Gérard Fournet nous donne une nouvelle anecdote : " j'étais venu à Gisors en semaine, je venais de passer au Donjon et j'allais reprendre ma voiture. Je remarque alors une belle jeune fille qui traverse la rue. Je la reconnais immédiatement. Je me dirige vers elle et lui dit qu'on a dû souvent lui faire la remarque à savoir qu'elle ressemble furieusement à Sylvie Vartan. Bien sûr, elle rit et je lui dis que je suis ravi de faire sa connaissance. Puis, je lui demande de rester là, je dois prendre dans ma voiture un disque que je veux lui donner. C'est ainsi que Sylvie est reparti avec le deuxième disque des Senders sans avoir oublié de me faire la bise. Je vous l'avoue, j'en étais tout chose."

Fin du printemps 65, la saison du Donjon se termine, Les Senders rentrent sur Vernon. Il reste quelques disques à vendre et, comme d'habitude, Le Démocrate répond présent. Il reprend le commentaire du disque et ajoute un évènement pour marquer le coup. Le commentaire dit : - après la sortie de leur premier disque, Les Senders ont gravi rapidement les échelons pour devenir les élus des jeunes. Gérard Fournet, l'auteur-compositeur de la formation, présente sur ce dernier 45 tours quatre morceaux dans le vent, ça ne chauffe pas, ça crame!
L'évènement était :
-Les Senders avec Albert Martinez, Gérard Soulier, Henri Weber et Gérard Fournet dédicaceront leur deuxième disque dans le hall du Démocrate, place Barette le samedi 10 septembre à partir de 15 heures.
Deux mois plus tard, autre évènement :
-Les Senders dédicaceront leur deuxième disque le samedi 19 novembre 1966 au tailleur du Vexin.
En septembre, Gérard contacte le patron de l'hôtel de Strasbourg pour lui proposer des dimanches en matinée dansante, vu que l'hôtel possède une belle scène et des grands salons pouvant recevoir au moins trois cent personnes. Lui n'est pas contre mais pour son épouse, c'est franchement NON! Heureusement, Marcel, le patron, a tendance à faire confiance aux jeunes et décide, contre l'avis de sa femme, de faire un essai. Pour ce premier dimanche de fin septembre, Gérard nous dit qu'il y avait au moins deux cent personnes. C'est donc gagné. Le dimanche suivant, les trois cent sont atteints. Les suivants sont pleins à craquer, surtout vers les 16 heures, le début de soirée. Là encore, le succès des matinées conduit le patron à essayer les samedis soirs, de temps en temps. Pas de problème, le public répond présent. La saison 65-66 est désormais lancée.
La centaine de disques que DMF a livrée, est vendu. Les Senders demandent à recevoir les deux cent autres mais il n'y a pas de réponse et pour cause : la maison de disques a fait faillite. Les fêtes de fin d'année approchent et Marcel, le patron, à la grande gentillesse de préciser à Gérard que pour les réveillons, il prend toujours un orchestre musette. Aucun problème pour le groupe, en étant prévenu si longtemps à l'avance, il suffit de s'organiser. Finalement nos rockers passent les fêtes dans leurs familles en prenant un peu de repos.
Début 66, samedis et dimanches reprennent avec toujours autant de succès et ce jusqu'à la fin du printemps. En été, le groupe est beaucoup demandé pour animer les différentes fêtes de villages aux alentours de Gisors.

Les Senders au Donjon de Gisors début 1966 , puis au Strasbourg de Vernon fin 1966.                                      

 

Les SENDERS au Bus Palladium de Paris en 1966

 

En janvier 1967, Antoine le chanteur vient les féliciter après leur show. Durant ce long séjour, les rockers vernonnais seront photographiés par les journalistes de la revue "Fiancés de France" pour un reportage intitulé "Dans le vent". L'article paraît dans le numéro 3 de ce mensuel et nous propose trois superbes clichés en pleine page, où le groupe pose avec les instruments, au-dessus des falaises. On apprend dans le texte qui accompagne ces photos que les SENDERS s'apprêtent à sortir un troisième 45t.

 Photos pour la promotion en 1967

      

     

A la rentrée, c'est le retour au Strasbourg jusqu'à la fin de l'année. Pour Gérard, l'heure est venue d'acheter sa Strato neuve. Il décide d'aller la chercher à Rouen qui est moins loin que Paris. A "La boutique des jeunes", super magasin de musique, il trouve la guitare tant convoitée mais aussi, comble de bonheur, un contrat pour les deux réveillons. Une discothèque d'Etretat, cherche un groupe pour les deux soirées. Le contrat est conclu et les deux soirées se passent à merveille. Les Senders ont tellement mis une bonne ambiance que le patron les redemande et propose de les engager pour tout le printemps 67, sous condition d'acheter un matériel plus pro. Ce sera trois amplis et une sono fournis par la boutique des jeunes. En février, le groupe est envoyé à "Grand Motana" en Suisse. Une semaine à jouer dans une superbe boîte avec en fin de séjour, une soirée de gala. En vedette, Matty Peters, une des Peters sisters. Etait à cette soirée, un certain batteur nommé "Moustache" qui n'a pas pu s'empêcher de faire "le bœuf" avec les Senders. Gérard nous précise qu'il était un type vraiment très sympa.
Quelques semaines plus tard, direction Limoges et son "Boss Palladium". Là aussi il y a une anecdote : -la semaine précédente, Les Charlots se sont produits dans la boîte et la mère du patron, qui fait la cuisine pour les musiciens, croit reconnaître en la personne de "La Touffe", le bassiste des Charlots, Jean Sarrus. La touffe devra dire à cette gentille dame que, en effet, il est le frère jumeau de Jean. Il faut dire que la ressemblance est réelle. Là où les choses deviennent franchement drôles c'est lorsque La Touffe lui raconte des souvenirs d'enfance avec ce Jean qu'il n'a jamais vu.
En juin, tout le monde descend à La Playa, à Fréjus St Raphaël, mais sans la touffe qui, lui aussi, a eu droit aux vacances de l'armée. Quinze jours plus tard, retour à Etretat, désormais leur base. Pendant ce printemps 67, Gérard compose plusieurs chansons dont deux qui semblent convenir pour un troisième disque. L'une s'intitule "Tube 1500 kilos" et l'autre "Sometimes». La seconde plaisait beaucoup à Antoine, le chanteur, qui finit par surnommer Gérard "Sometimes".
Pour l'été, le "boss" de "La Frégate" contacte une imprésario qui va faire tourner nos rockers en partant de Dunkerque, puis direction la Bretagne et les Charentes. Un soir, du côté de La Rochelle, en rentrant à l'hôtel après le gala, le groupe a le plaisir d'être invité à boire le champagne avec le comédien Sim. Pour un peu, ils côtoyaient Dalida, mais Sim leur dit qu'elle est fatiguée donc partie se coucher. Puis, la tournée descend dans les Landes et le pays basque pour remonter vers l'est et finir fin août à Divonne les Bains, à côté de Genève.
De retour à Vernon, le groupe refait quelques soirées au Strasbourg.

Printemps 68, sur les conseils du bassiste qui a fait la tournée avec eux, Gérard prend rendez-vous avec un imprésario qui lui propose d'être le groupe d'Olivier Despax. Seule condition incontournable : savoir lire des grilles d'accords. Mais Les Senders sont épuisés et décident de se séparer. Après sept ans de travail acharné, Gérard Fournet veut s'occuper de lui et reprendre ses études.
Pour conclure, nous posons avec logique cette ultime question : et maintenant, où en sont-ils?
Albert Martinez est en retraite. Roland Dann est propriétaire d'une maison gite. Henri Weber travaille dans l'immobilier. Jean-Louis Sannier vient de reformer un groupe de blues. Gérard Fournet est retraité de l'éducation nationale. Nous n'avons pas retrouvé Manuel Giner. Quant à Gérard Soullier, il a eu la très mauvaise idée de nous quitter en 1994, victime d'une crise cardiaque.
En tous cas, messieurs Les anciens Senders, grand merci pour votre patience à répondre à nos nombreuses questions et encore merci pour votre travail dans le domaine du rock français.

GF de Vernon

 

 

Gerard Fournet, Henry Weber, Albert Martinez et John Davis dans les années 2000.

       

Henry Weber en 1971 à Bobino

 

Pochette du EP français des Lafayettes sorti en décembre 1962.

  

Gérard Fournet , Albert Martinez et Henry Weber en 2014 avec les rééditions.

      

Un grand merci à Olivier Maître, Guy Gardon, la revue Club Des années 60, Nathalie Andrieux, José Alcala , MacFly, JukeBox Magazine et tous les autres.


Si vous avez des documents et des renseignements supplémentaires à fournir, veuillez me contacter ici Contact  Merci !

SOLD OUT / ÉPUISÉ


 

Paru dans Rock'n'folk Juillet 2014 & Abus Dangeureux 2014

 

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